Ravaler (verbe)


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Avaler de nouveau.
"Ravaler sa salive," La retirer en dedans de sa gorge, en dedans de son gosier.
RAVALER se dit, figurément et familièrement, en parlant de la Contrainte qu'on se fait lorsque, étant sur le point de dire quelque chose, on se retient par quelque considération. "Il a bien fait de ce qu'il voulait dire. Ravaler un reproche, une observation."
Fig. et fam., "Je lui ferai bien ses paroles" se dit pour exprimer qu'on empêchera quelqu'un de se servir de paroles offensantes, ou qu'on le fera repentir de s'en être servi.
RAVALER signifie encore Rabaisser. "On parlait de lui trop avantageusement, mais vous l'avez trop ravalé. Il veut le mérite de tout le monde. Ravaler la gloire d'une belle action." "Ce Philosophe voudrait l'homme jusqu'à la condition des brutes. Comment peut- il se à des actions si honteuses?"
En termes d'Architecture et de Maçonnerie, il signifie Faire le ravalement d'un mur d'une construction. "Ravaler un mur, une façade."



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Faire descendre de nouveau ; sens propre, mais vieilli. Ravaler un capuchon sur les épaules.
    Rabattre.
J. J. ROUSS.: « Et toi, rival des Praxitèle et des Phidias.... inimitable Pigal, ta main se résoudra à le ventre d'un magot, ou il faudra qu'elle demeure oisive »

 2   Avaler de nouveau (avaler, c'est faire descendre par le gosier). Ravaler sa salive.
    Fig. et familièrement. Retenir ce qu'on allait dire. Il a bien fait de ce qu'il voulait dire.
Mme DU DEFFAND: « Voilà encore une lettre immense ; je ravale pourtant mille choses que je voudrais vous dire »
    Ravaler ses paroles, s'arrêter sur le point de les dire, ne les pas proférer, et aussi se dédire des discours injurieux que l'on a tenus contre quelqu'un.
    Je lui ferai ses paroles, je le forcerai à rétracter ce qu'il a dit.

 3   Terme de jardinage. Couper les branches d'un arbre jusque sur leur empatement ou talon en ménageant les yeux adventifs de ce même talon.
GENLIS: « Si l'on a quelques arbres languissants dont la pousse s'arrête, on ne manque pas de les »

 4   Aplanir la terre après le labourage.

 5   Terme de maçonnerie. Crépir une construction de haut en bas ; ainsi dit parce que l'ouvrier avale, c'est-à-dire va en descendant le long du mur. Ravaler un mur.
    Couvrir de plâtre ou de mortier un tuyau, un pan de bois, une cloison ou un mur.

 6   Terme de menuiserie. Diminuer d'épaisseur le bois en certains endroits, afin de donner du relief aux moulures ou aux champs.

 7   Terme de serrurerie. Rendre ovale l'anneau d'une clef, de rond qu'il était.

 8   Étendre des feuilles d'or ou d'argent sur du métal avec le brunissoir.

 9   Fig. Déprimer, rabaisser.
CORN.: « Ce n'est qu'une pièce de théâtre que je lui présente, mais qui l'entretiendra de Dieu ; la dignité de la matière est si haute, que l'impuissance de l'artisan ne la peut »
MOL.: « [La raison] Soumettant à ses lois la partie animale, Dont l'appétit grossier aux bêtes nous ravale »
MOL.: « Vouloir la dignité de médecin à des emplois de cette nature ? »
BOILEAU: « Et lorsqu'une cabale, Un flot de vains auteurs follement te ravale »
BOILEAU: « Seulement pour l'argent un peu trop de faiblesse De ces vertus en lui ravalait la noblesse »
HAMILT.: « La duchesse fut indignée d'un choix qui semblait son mérite beaucoup plus que les autres »
    Absolument.
CORN.: « Plus dans leur folle estime il se trouve compris, Plus il ravale de son prix »

 10   V. n. Le blé ravale, il diminue de prix.

 11   Terme de vénerie. Se dit de l'état d'un cerf qui devient très vieux, et auquel il pousse des têtes irrégulières et basses.

 12   Se , v. réfl. S'abaisser, s'avilir.
CORN.: « Qu'à des pensers si bas mon âme se ravale ! »
CORN.: « Dois-je me jusques à cet époux, Ou dois-je par votre ordre aspirer jusqu'à vous ? »
CORN.: « Le caractère de Valens ressemble trop à celui de Félix dans Polyeucte, et a même quelque chose de plus bas, en ce qu'il se ravale à craindre sa femme »
TH. CORN.: « C'est en vain que vous vous ravalez ; Je sais votre mérite et ce que vous valez »
BOSSUET: « Puisque, pour abattre l'arrogance humaine, il ne suffisait pas que le Fils de Dieu descendît du ciel en la terre, si sa majesté ne se ravalait jusqu'à la pauvreté d'une étable »
MAINTENON: « J'aimerais bien mieux, disais-je en moi-même, qu'elle connût toute ma misère ; je la lui peignis, mais sans me »

HISTORIQUE
    XIIIème siècle
     Miracles St Loys, p. 173: Et s'aydoit bien dudit bras en dreçant à mont et en ravalant à sa volonté icelui bras
    XIVème siècle
     Guesclin. 8269: Li assaux fu pesans, et forment demenez ; Vallet et escuyer emplirent les fossez ; Mais de merriens pesans sur les creneaux posez Avoit-on nostre gent laidement ravalez [jeté en bas]
     ib. 13401: Par foi, ce dist li princes, je deveroie amer Aucun bon chevalier, s'il est à mon disner, Et il oit [entend] dire chose pour moi à , Se tost ne le disoit pour ma vie amender
    XVème siècle
FROISS.: « Nous devons bien avoir laissé le royaume de France.... quand nous sommes ainsi ravalés de vilains, et ne nous en veut-on faire droit »
    XVIème siècle
AMYOT: « Martius, seul, ne se monstra onques étonné ny ravalé de courage »
AMYOT: « Sur ces entrefaittes les vivres d'aventure ravallerent [baissèrent de prix], dont le peuple estant fort aise.... »
AMYOT: « Caton lui dit qu'il s'en allast, et qu'il fermast la porte après luy, et se ravalla dedans son lict, comme pour dormir ce qui restoit encore de la nuict »
CHARRON: « .... Dont l'esprit demeure sot, faible, peu capable, plat, ravallé, obscur, tel qu'est la plupart du commun »
MONT.: « Elle [la fortune] l'a ravallé [l'ordre de Saint-Michel] et rabaissé jusques à mes espaules et au desoubs »
MONT.: « Ayant ravalé son sçavoir au service du proufit et du gaing »

ÉTYMOLOGIE
    Re...., et avaler.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
    RAVALER. Ajoutez : - REM. Ravaler, au sens de taire, ne pas énoncer ce qu'on voulait dire, se trouve dans Mme de Sévigné : Je vous exhorte à conserver votre modération, et à le plus que vous pourrez de ce que vous aurez envie de dire, Lett. à Mme de Grignan, 23 mars 1689, dans Lett. inédites, éd. Capmas, t. II, p. 262.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Avaler de nouveau. "Les chiens ravalent souvent ce qu'ils ont vomi."
"Ravaler sa salive," La retirer en dedans de sa gorge, en dedans de son gosier.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit, figurément et familièrement, en parlant De la contrainte qu'on se fait, lorsque, étant sur le point de dire quelque chose, on se retient par quelque considération. "Il a bien fait de ce qu'il voulait dire."
Fig. et fam., "Je lui ferai bien ses paroles," se dit Pour exprimer qu'on empêchera quelqu'un de se servir de paroles offensantes, ou qu'on le fera repentir de s'en être servi.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Rabattre, rabaisser, remettre plus bas. "Ravaler un capuchon sur les épaules." Il est peu usité en ce sens.
Il signifie figurément, Déprimer, rabaisser. "On parlait de lui trop avantageusement, mais vous l'avez trop ravalé, vous l'avez ravalé comme le dernier des hommes. Il veut le mérite de tout le monde. Ravaler la gloire d'une belle action. Ce philosophe voudrait l'homme jusqu'à la condition des brutes, à l'état des brutes."
Il s'emploie, en ce sens, avec le pronom personnel. "Il s'est beaucoup ravalé par cet acte de lâcheté. C'est bien se . C'est trop se ."



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



en termes de Maçonnerie et d'Architecture, Faire le ravalement d'un mur, d'une construction. "Ravaler un mur, une façade. Ravaler en plâtre, en mortier. Ravaler les colonnes d'un monument."



1ère ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Verbe 


Retirer quelque chose en dedans de sa gorge, en dedans du gosier. "Ravaler sa salive".
Il se dit figurément, en parlant De la contrainte qu'on se fait, lorsqu'étant sur le point de dire quelque chose, on se retient par quelque considération. "Il a bien fait de ce qu'il vouloit dire". Il est familier.
Et figurément aussi, pour marquer qu'On fera repentir quelqu'un de quelque parole offensante qu'il a dite, on dit, qu'"On la lui fera bien ". Il est familier.



2ème ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Verbe 


Rabattre, rabaisser, remettre plus bas. "Ravaler la genouillère d'une botte. Ravaler un capuchon sur les épaules".
On dit en termes de Maçonnerie, "Ravaler un mur," pour dire, Achever de faire ce qui manque à un mur pour le rendre parfait, en le crépissant de haut en bas. "Ce mur est bâti, il ne restè" "plus qu'à le . Il faut le avec du plâtre, avec du mortier".
Il signifie figurément, Avilir, déprimer. "Il parloit de lui-même avantageusement, mais vous l'avez furieusement ravalé, vous l'avez ravalé comme le dernier des hommes. Il veut le mérite de tout le monde. Ravaler la gloire d'une belle action. Il s'est beaucoup ravalé par cette alliance. C'est bien se . C'est trop se ".



1ère signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


Retirer quelque chose en dedans de sa gorge, en dedans du gosier. "Ravaler sa salive."
Il se dit figurément, en parlant de la contrainte qu'on se fait, lorsqu'étant sur le point de dire quelque chose, on se retient par quelque considération. "Il a bien fait de ce qu'il vouloit dire." Il est familier.
Et figurément aussi, pour marquer qu'on fera repentir quelqu'un de quelque parole offensante qu'il a dite, on dit, qu'"On la lui fera bien ." Il est populaire.



2ème signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


Rabattre, rabaisser, remettre plus bas. "Ravaler la genouillère d'une botte. Ravaler un capuchon sur les épaules. Ravaler des bas."
On dit en termes de Maçonnerie, "Ravaler un mur," pour dire, Achever de faire ce qui manque à un mur pour le rendre parfait, en le crépissant de haut en bas. "Ce mur est bâti, il ne reste plus qu'à le . Il faut le avec du plâtre, avec du mortier."
Il signifie figurément, Avilir, déprimer. "Il parloit de lui-même avantageusement, mais vous l'avez furieusement ravalé, vous l'avez ravalé comme le dernier des hommes. Il veut le mérite de tout le monde. Ravaler la gloire d'une belle action. Il s'est beaucoup ravalé par cette alliance. C'est bien se . C'est trop se ."



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Verbe 


Retirer en dedans de la gorge, en dedans du gosier. "Ravaler un crachat".
On dit fig. qu'"On fera une parole à quelqu'un," pour dire, qu'On l'obligera de se repentir, de se dédire d'une parole offençante.
Il sign. aussi, Rabaisser, remettre plus bas. "Vostre botte monte trop haut, il la faut . ravalez vos bas".
On dit, en termes de Maçonnerie, "Ravaler un mur," pour dire, Achever de faire à un mur qui est eslevé à sa hauteur, ce qui y manque pour le rendre parfait, en y travaillant de haut en bas. "Ce mur est basti, il ne reste plus qu'à le . il faut le avec du plastre, avec mortier de chaux & sable".
Il signifie figurement, Avilir, deprimer. "Il parloit de luy-mesme avantageusement, mais vous l'avez furieusement ravalé. vous l'avez ravalé comme le dernier des hommes. il veut le merite, la gloire de" "vos belles actions. il s'est beaucoup ravalé par cette alliance".




Emplacement dans le dictionnaire :

raûque
rauque
ravagé
ravage
ravagement
ravager
ravalé
ravale
ravalement

ravauder
ravaux
ravet
ravette
ravi
ravier
ravière
raviere
ravigoter
ravin
ravine




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Émile VERHAEREN (La Multiple splendeur)

...autels ; l'or souterrain dont les banques sont les cavernes et qui rêve, en leurs flancs, avant de s'en aller, sur la mer qu'il traverse ou sur la terre qu'il foule, nourrir ou affamer, grandir ou ravaler, le coeur myriadaire et rouge de la foule. Jadis l'or était pur et se vouait aux dieux. Il était l'âme en feu dont fermentait leur foudre. Quand leurs temples sortaient blancs et nus de la poudre il...


Citation n°2 de Joseph JOUBERT (Pensées, essais, maximes et correspondance)

...mobile dont la direction change par tous les vents qui soufflent constamment. L'esprit est un feu dont la pensée est la flamme. Comme la flamme, il tend naturellement à s'élever. On travaille à le ravaler, en dirigeant sa pointe en bas. Tout ce qui joint à la sensibilité la faculté de se mouvoir, ou sur soi, ou autour de soi, avec choix et par une détermination propre, a quelque manière de penser ;...


Citation n°3 de Victor de JOUY (L'Hermite de la Chaussée-d'Antin ou Observations sur les mœurs et les usages parisiens au commenceme)

...d'une couronne de chêne. Tel devrait être encore le salaire de l'homme de lettres : cette récompense est la seule qui convienne à la noblesse de sa profession ; mais, en admettant qu'il puisse ravaler la dignité de son caractère jusqu'à s'occuper du plus vil intérêt, doit-on tirer d'un sac deux moutures ? Les pièces, avant de paraître sur les théâtres de province, n'ont-elles pas été payées...


Citation n°4 de Victor HUGO (Les Travailleurs de la mer)

...ruse donne à la scélératesse répugne au scélérat, continuellement forcé d'avoir ce mélange dans la bouche, et il y a des instants de haut-le-coeur où l'hypocrite est sur le point de vomir sa pensée. Ravaler cette salive est horrible. Ajoutez à cela le profond orgueil. Il existe des minutes bizarres où l'hypocrite s'estime. Il y a un moi démesuré dans le fourbe. Le ver a le même glissement que le...


Citation n°5 de Alphonse de LAMARTINE (Le Tailleur de pierre de Saint-Point)

...aux genêts dans la montagne couper des fagots pour l'hiver, et que la mère lui en mettait un sur le dos, long comme un tronc de cerisier avec toutes ses feuilles et toutes ses fleurs au bout pour le ravaler en descendant jusqu'à la maison. Vous eussiez dit, en voyant ce visage de jeune fille courbé sous le poids de ce long rameau qui balayait la terre à dix pas derrière elle, en bruissant et en semant...


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